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2 - YPORT ET SA SITUATION LINGUISTIQUE

[2.1] Le parler d'Yport aujourd'hui

En l'an 2002, la situation linguistique à Yport semble être la même que dans celle des autres villages du pays de Caux. Les locuteurs yportais emploient le français commun et le français régional et certains, selon leur génération, leur niveau d'études, leur classe sociale, la situation et les circonstances utilisent une langue contenant plus ou moins de traits dialectaux.

[2.1.1] Remarques d'Yportais sur leur parler

Comme nous l'avons constaté à Senneville, il y a déjà de nombreuses années que l'emploi du parler local a été strictement censuré dans certaines conditions comme, par exemple, en présence d'un tiers n'appartenant pas à la communauté linguistique ainsi que l'explique ce témoin, né en 1931, qui évoque son enfance :
quand on avait du monde qu'arrivait / on essayait de parler eum ptieu (un peu) / un peu mieux / les gens ils || auraient pensé qu'on se moquait d'eux

On peut aussi supposer que des remarques faites par des proches ont pu accélérer le processus de perte du parler. La séquence suivante est l'une des nombreuses que nous avons recueillies allant dans ce sens :
y a une de mes filles qu'a dit / je veux pas rester avec vous / personne vous comprend

Parfois, les conditions n'ont pas permis de conserver la langue maternelle et une Yportaise, dont le parler ne présente pas le moindre trait dialectal, en notre présence du moins, explique :
c'est comme deux langues / j'ai été dans le commerce sur Rouen / avec mes clientes / je pouvais pas me permettre de causer patois / mais quand il venait des clients que je connaissais / alors là // c'était plus fort que nous / on se mettait à causer patois

Le lexique dialectal est-il encore employé ? Nous posons cette question à deux témoins et l'un affirme : " on le dit plus tout cheu (ça) ", mais l'autre réplique aussitôt " oh / ça nous écappe (échappe) oco (encore) " et nous donne un exemple :
l'autre jour / je vois la voiture poubelle / je dis tiens vlà le fiannton (10) (fianneton éboueur) / c'est un mot qu'on emploie plus mais qui m'est venu comme ça / <c'> était le banneau (tombereau) à fiant(11) (fumier) // le fiannton (fianneton éboueur) / <c'> était celui qui vidait le fiant au capuchet (12) (décharge publique)

Nous demandons à des Yportais s'ils se sentent Cauchois ou si, comme on nous l'a souvent affirmé, le terme doit être réservé aux agriculteurs :
on est Cauchois / mais y pas le même esprit dans les valleuses que sur le plateau / quand un Yportais montait sur le plateau / les gars faisaient signe de pas nous comprendre / comme si on venait de Chine // y avait un bal à Froberville [petite ville sur le plateau] / quand on arrivait [citation] point de marins dans la danse [fin de citation] qu'ils disaient / y avait une rivalité entre Yport et le plateau

Les tensions entre agriculteurs et marins ont souvent été citées, ainsi qu'entre citadins (les Yportais se considèrent comme tels) et ruraux. Voici ce que nous explique un Yportais qui met d'ailleurs plutôt en évidence des incompréhensions dues aux professions différentes :
on a toujours pour la campagne un petit côté péjoratif / d'ailleurs à bord / appeler un type paysan / c'était une injure / nous on dit / paysan de métier / marin de fortune / c'est pour ça que ça cloche dans les relations

Nous avons vu plus haut que les habitants du plateau feignaient de ne pas comprendre les Yportais et l'on peut se demander ce qu'est " ne pas comprendre " un interlocuteur. Une Yportaise déclare au sujet d'une personne qu'elle connaît :
elle était de Froberville [commune du plateau] je comprenais rien à ce qu'elle disait / elle en avait un accent [exclamation]

La séquence ci-dessus est-elle une preuve que les deux personnes en présence n'ont pas pu communiquer ? Une autre Yportaise donne un exemple de non-compréhension :
avec Ulysse [Etretatais] / on se comprenait pas toujours / on le faisait répéter // les étrilles / il appelait ça des paternes (13)

Dans la dernière séquence, nous constatons que l'incompréhension vient du lexique qui, effectivement, présente des variations dans le pays de Caux : on peut facilement le vérifier en feuilletant les pages de l'ALN. Existe-t-il d'autres éléments qui empêchent ou gênent la communication ? Nous demandons à un marin Yportais dont le parler contient, même en notre présence, de nombreux traits dialectaux, s'il a eu des difficultés à se faire comprendre lors de ses campagnes de pêche à Terre-Neuve. Sa réponse est catégorique :
on parlait tous pareil / entre Fécampois / toute la région / Senneville / Elétot / Saint Martin-aux-Buneaux / Yport jusqu'à Etretat / même des Havrais / on parlait tous pareil / et puis / y avait des termes de Terre-Neuve qu'on apprenait là-bas

Un Yportais, marié avec une Fécampoise, et dont la belle-famille emploie encore aujourd'hui le parler d'autrefois en usage dans son quartier, affirme :
moi / je n'entends pas beaucoup de différence entre les gens qui s'expriment en vieux fécampois ou en vieil yportais

Il faut cependant être bien conscient qu'à l'heure actuelle un grand nombre de prononciations yportaises spécifiques semble avoir été gommé, que la contamination de prononciations venues des environs se remarque, que bien des items lexicaux dialectaux ont sciemment été éliminés et qu'il tend à rester, dans les environs d'Yport comme dans le reste du pays de Caux, un ensemble de traits linguistiques qui s'apparentent plus au français régional qu'au français dialectal.


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